Episode 1 : les voies cyclables, merci OpenStreetMap !

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Pas besoin de vous faire un dessin, le vélo (et ses cousines les trottinettes) fait un tabac dans l’hexagone ! Bénéficiant d’un soutien populaire et d’un regard de plus en plus intéressé des élus, il fait émerger de nombreux projets d’infrastructures et génère un foisonnement d’offres de services. Pourtant, malgré ce succès, son volet “numérique” reste, hormis quelques rares exceptions, plutôt à la traîne. Il y a une raison essentielle qui explique cela : la “donnée vélo” est un sujet encore très peu maîtrisé par les acteurs de la mobilité quels qu’ils soient. Pourquoi ? Quels sont les acteurs qui se penchent sur le dossier ? A quoi peut-on s’attendre demain ? Quels sont les défis à relever ? Notre investigation en une série de 5 épisodes…

Si vous le voulez bien, commençons par le début : la digitalisation des voies cyclables, et donc la création des données qui leur sont liées. D’un premier abord, on pourrait penser que la tache serait plus facile que pour les réseaux de transports en commun (sujet dont on discute souvent sur ce blog) : pas d’horaires, d’amplitudes, de fréquences, de points d’arrêts, de mises à jour… Et pourtant, détrompez vous, une voirie adaptée au vélo, cela peut prendre de nombreuses formes : bande cyclable, véloroute, voie verte, piste cyclable unidirectionnelle, bidirectionnelle, zone apaisée…. et j’en passe.

Les données de voirie vélo (on les appellera ainsi pour faciliter notre propos) au delà de leur complexité intrinsèque, doivent s’inscrire dans une démarche qualité elle même très rigoureuse. Lorsqu’elles sont créées de toutes pièces, cela nécessite un travail de terrain minutieux, et une saisie affutée ! Il y a en France de bons spécialistes du sujet, comme Charles Millet, qui travaille chez Cartocité.

Créer des données vélo, ça n’est pas magique. C’est un travail de terrain majeur…. en vélo !!! Crédit photo, Charles Millet, Twitter

Lorsqu’elles sont récupérées, de sources diverses, elles sont encore hétérogènes (GeoJson, Shapefile, Csv…), peu exhaustives et rarement précises, et ce, qu’elles proviennent du portail d’exposition Open Data d’une collectivité, ou directement de son service SIG. Il s’agit donc pour chaque territoire de les vérifier, compléter, puis de les intégrer.

Les données de voirie vélo les plus précises sont aujourd’hui celles d’OpenStreetMap (OSM). Et en plus d’être précises, elles sont actualisées et ouvertes. C’est d’ailleurs pour cela qu’un des principaux acteurs du secteur français, Géovélo, a fait le choix de déposer tout son travail sur la plateforme ouverte (près de 60.000 km de voies). Mais qui dit précision, dit dur labeur : les recommandations d’OSM pour saisir et baliser les données liées au vélo sont très rigoureuses, et ce pour une bonne raison, précisée sur la page qui leur est dédiée : “avoir des données de bonne qualité dans ce domaine permet aux logiciels de navigation de choisir les meilleurs itinéraires pour ce moyen de transport”. Alors, à quoi ça ressemble dans la réalité ? allez parcourir le wiki d’OSM, ou sur les cartes de CyclOSM vous comprendrez mieux. 

Au delà de ce qu’il y a “dans ces données”, ce qu’il faut également comprendre, c’est qu’OSM est un système créé pour et par le contributeur, avec l’idée de coller au mieux au terrain. Voila pourquoi les données sont les plus précises et les plus actualisées. Et voila pourquoi OSM répond bien à la problématique si précise, mouvante et communautaire qu’est celle du vélo. Un cas concret pour illustrer notre propos ? Prenons la rue de Rivoli, à Paris. Elle dispose depuis le 19 Septembre d’une nouvelle piste cyclable. Coté OSM, elle a été ajoutée et renseignée le jour même. Coté Google Maps, elle est encore répertoriée comme une “voie douce”. On peut penser qu’il y a de nombreux fans de vélo, et d’associations qui devaient être dans les starting-blocks pour ajouter l’information en premier… mais c’est clairement cela la force d’OSM. 

La piste cyclable de la rue de Rivoli, à Paris, vue par Google Maps !

 

La piste cyclable de la rue de Rivoli, à Paris, vu par OpenStreetMap !
La piste cyclable de la rue de Rivoli, à Paris, vue par OpenStreetMap !

Cette comparaison entre OSM et Google Maps me permet de revenir sur deux légendes urbaines. La première : le calculateur d’itinéraire vélo de Google Maps en réalité n’en est pas un. Il utilise des données ouvertes, souvent peu précises, sans les vérifier, et les intègre dans son algorithme pour être capable de vous offrir une “fausse solution vélo”. La seconde : il n’y a pas que Google Maps qui sait faire du Street View, allez voir du coté de Mapillary. Soit dit en passant ! 

Mais alors, les données des “voiries vélo” seraient-elles trop complexes pour être standardisées ? C’est la question qui m’a rapidement brûlé les lèvres. Mais visiblement je ne suis pas le seul : les équipes de Transport.data.gouv.fr et d’Ile de France Mobilité ont entamé une réflexion sur le sujet. L’acteur Géovélo a été sollicité pour apporter son savoir faire sur la question avec une idée clé : pouvoir transposer le schéma OSM vers un standard. Les éléments sont publics et ont été partagés sur ce Gitlab.

Petit aperçu des données OSM européennes (https://www.opencyclemap.org)
Petit aperçu des données OSM européennes (https://www.opencyclemap.org)

Cette réflexion sur les standards, surtout si elle est basée sur tout le travail déjà réalisé sur OSM, aura évidemment du sens à l’échelle française, mais d’autant plus à une échelle européenne. Comme pour les transports collectifs, l’idée clé doit être de cheminer progressivement vers un standard partagé et utilisé par tous les Etats membres…

Les standards, c’est justement le sujet dont nous parlerons demain (…). 

(*) Par souci de transparence vis à vis de mes lecteurs, je tiens à préciser que j’accompagne Géovélo dans son développement à l’étranger. 

(*) Merci à Simon Reau, expert en données vélos chez Géovélo, qui m’a beaucoup renseigné pour rédiger ce premier épisode.

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