Episode 5 : La donnée vélo, créatrice de nouveaux business ?

Episode 5/5 – Revenir sur les épisodes précédents ici 
Pas besoin de vous faire un dessin, le vélo (et ses cousines les trottinettes) fait un tabac dans l’hexagone ! Bénéficiant d’un soutien populaire et d’un regard de plus en plus intéressé des élus, il fait émerger de nombreux projets d’infrastructures et génère un foisonnement d’offres de services. Pourtant, malgré ce succès, son volet “numérique” reste, hormis quelques rares exceptions, plutôt à la traîne. Il y a une raison essentielle qui explique cela : la “donnée vélo” est un sujet encore très peu maîtrisé par les acteurs de la mobilité quels qu’ils soient. Pourquoi ? Quels sont les acteurs qui se penchent sur le dossier ? A quoi peut-on s’attendre demain ? Quels sont les défis à relever ? Notre investigation en une série de 5 épisodes…

Avec tout ce grabuge dans le secteur, on peut se dire que des idées de business vont jaillir de partout ! Je vous parle ici de quelques initiatives intéressantes. Cela n’a aucune valeur exhaustive bien évidemment et vous trouverez sans aucun doute d’autres exemples en naviguant sur la toile. 

Strava : du sport, mais pas que ! C’est d’abord une application utilisée par les sportifs, majoritairement urbains. L’idée est toute simple : créer une communauté d’intérêt, notamment autour du vélo, et promouvoir des compétitions entre les membres.

Mais depuis quelques temps, l’application prend un autre virage : celui du big data. Plutôt logique : l’application compte 46 millions d’utilisateurs, dans 195 pays !

Alors forte de ses très nombreuses données d’usage, elle tente désormais au travers de son offre baptisée “Metro”, de constituer un dashboard pour les collectivités publiques. L’interface est simple et efficace, mais pour le moment, les données sont plutôt quantitatives, majoritairement basées sur la fréquentation des axes. Mais soyons clairs, il s’agit là d’une version démo, et nul doute que des évolutions sont déjà en cours. Soyez attentifs lors des prochaines mises à jour de l’application ! Pour tester vous même : la démo en ligne. 

Exemple du dashboard de Strava Metro

Géovélo : les fous de la donnée. Le créneau de la PME française, c’est avant tout l’expertise sur la donnée vélo. Comme nous l’indiquons au début de notre réflexion, ce sujet est primordial tant les besoins sont encore nombreux, et le travail à réaliser colossal. Grâce à son expertise, Géovélo intègre toutes les infrastructures cyclables des métropoles (et au delà) dans son application et guide les cyclistes dans leur ville ou lors de leurs trips à vélo.

Progressivement, la startup, avec la force de ses utilisateurs et contributeurs, propose également des outils de suivi et d’analyse pour aider les collectivités dans leurs projets cyclables.

Elle développe également des modules qui permettront d’analyser de manière très fine les voiries dédiées au vélo. En publiant toutes ses données sur Open Street Map, Géovélo fait partie des pionniers dans le domaine et un des plus importants contributeurs en France. Enfin, la PME est une plutôt un OVNI dans le monde du digital, puisqu’elle fait le choix d’une croissance lente (et donc risquée) en mettant en avant la qualité des données. Bravo ! 

Légende : un exemple d’analyse travaillé par Géovélo : les temps d’arrêt des cyclistes.
Légende : un exemple d’analyse travaillé par Géovélo : les temps d’arrêt des cyclistes.

Fluctuo : l’agrégateur malin. C’est une jeune startup française, qui a lancé une API de localisation en temps réel des trottinettes et vélos en free floating. Son idée est simple : via son outil baptisé Data Flow, elle souhaite proposer avec une seule API, toutes les solutions de mobilité partagée afin que des réutilisateurs comme Google Maps, Citymapper, ou encore des collectivités lançant des projet de Maas, puissent plus facilement intégrer l’ensemble des offres. Fluctuo agrège aujourd’hui les données de près de 100 opérateurs. C’est donc d’abord une proposition de valeur sur les capacités de leur propre API mutualisée.

Mais la startup veut aussi se servir des données qu’elle collecte(ra) pour construire un outil de compréhension du marché de la mobilité partagée.

En croisant les données de tous les opérateurs, l’idée est de voir comment ils se positionnent ou de réaliser des benchmarking entre villes. Avec cette activité, la start-up s’adresse à tous ceux qui veulent comprendre le marché : opérateurs de transports publics, acteurs de la smart city, municipalités… C’est malin et tellement dans l’air du temps ! 

ViaNova : le facilitateur et régulateur. En France toujours, un autre acteur a décidé de proposer des fonctions issues du standard MDS : ViaNova. La startup aide les villes à intégrer toutes les formes de mobilité partagées en leur donnant accès aux données de mobilité dont elles ont besoin. L’idée est de fournir une plateforme pour permettre aux municipalités de faciliter l’intégration, la comparaison et l’analyse de ces données, ainsi que de contrôler le respect de leurs exigences de conformité (tailles de flottes, règles de stationnement, zones de circulation autorisées ou non, etc.) par les opérateurs de mobilité ». ViaNova a joué le pragmatisme, puisqu’elle a adopté le standard MDS pour faire remonter les données. Les fonctions proposées sont les suivantes : suivi de l’activité de tous les services de mobilité en un seul endroit ; visualisation en temps réel des emplacements des véhicules dans la ville, ainsi que les déploiements des opérateurs ; suivi de l’évolution de la taille des flottes, de l’utilisation des services et du nombre de déplacements par les fournisseurs, réception d’alertes concernant les risques pour la sécurité.

Enfin, la startup veut répondre aux besoins de tous les acteurs de la mobilité, puisqu’elle permet d’importer des données en open data, et est compatible avec le MDS, GBDS, GTFS… et de nombreux autres formats dans une logique d’interopérabilité. Là, on dit banco ! 

Selon les sujets, le marché est plus ou moins mûr. Mais en réalité, cela est plutôt logique. Sur la thématique du calcul d’itinéraires, pour le moment il n’y en France que Géovélo qui veut bien “mettre les mains dans le cambouis”. La startup créé progressivement une des masses de donnée vélo ouverte les plus importantes d’Europe sur OpenStreetMap. Pour l’agrégation des offres, Fluctuo a saisit le bon créneau, au bon moment. Elle supporte la charge et l’intelligence, pour faciliter le travail aux acteurs du MaaS. Enfin, pour la régulation, les outils développés par ViaNova semblent bien adaptés au marché. Là ou le bas blesse, c’est encore pour l’analyse précise des flux car les données sont encore insuffisantes. Il y a donc un enjeu fort de pouvoir mobiliser plusieurs sources de données (avec un niveau d’anonymisation adapté)  afin de réaliser des analyses vraiment adaptées. En tous cas, la période que nous vivons est passionnante ! 

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