Londres : Joe le taxi, il marche pas qu’au soda!

A Londres, le taxi est une véritable institution. Pour de très nombreuses raisons dont très vraisemblablement le succès d’un véhicule : le fameux black cab (ou Hackney), héritier d’une longue lignée de véhicules qui arpentent les rues de Londres depuis 1929. Spécialement conçu pour être conforme aux normes en vigueur dans la capitale britannique, il a beau être confortable et très apprécié des londoniens, il doit lui aussi faire sa mue pour répondre aux exigences environnementales, de plus en plus féroces dans les métropoles européennes. Un défi de taille pour les 25 000 taxis en circulation, qui sont loin… très loin d’être green ! Comment se passe cette transition ? Quel est son impact sur les infrastructures ? Sur les usages ? J’ai testé pour vous. 

Le Black Cab, un monument 

A Londres, le taxi est vraiment un transport de personnes, voir même presque un transport collectif, et ce pour une raison simple : il a été créé pour cela ! Certes, il y a eu de nombreux modèles de Black Cab au fil des ans, mais ils ont tous un point commun : la recherche du confort. Pour le conducteur d’une part, avec un véritable cockpit de conduite ou encore un diamètre de braquage limité, pour faciliter le stationnement et les demi-tours (une spécialité locale !). Mais pour le passager surtout : historiquement, trois places sur la banquette arrière, et deux autres en arrière-face sur des strapontins, une ouverture des portes qui faciliter largement l’entrée et la sortie du véhicule ; une rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite… 

Alors évidemment, lorsqu’il a fallu plancher sur une nouvelle version du Black Cab, les équipes d’ingénieurs n’avaient pas beaucoup de marge de manoeuvre dans leur cahier des charges. Ils ont donc gardé l’essentiel, et ajouté de subtils détails, pour toujours plus de confort. Ainsi, dans le tout nouveau TX e-City, on dispose de 6 places, d’une prise 230V, pour pouvoir brancher son ordinateur, du wifi gratuit, d’un terminal de paiement sans contact ou encore de deux prises USB pour brancher son smartphone. Evidemment, on est toujours surélevé et on peut largement allonger ses jambes ! Mais sur cette toute dernière version du Hackney, un élément essentiel permet d’accroître encore le confort : l’insonorisation. Parce qu’elle a été particulièrement travaillée, mais surtout parce que ce nouveau modèle est… électrique. 

Le e-City, le taxi électrique, version londonienne ! 

Evidemment, Londres, comme toute capitale européenne, cherche à diminuer ses émissions de CO2 et les taxis sont dans le radar des autorités publiques. Ainsi, dès 2012, Transport for London (ici c’est l’autorité organisatrice de transport qui gère les taxis) a mis son nez sous le capot. D’abord gentiment, en cessant d’accorder des licences pour les modèles âgés de plus de 15 ans. Puis plus fermement, en promulguant une loi, appliquée depuis janvier 2018, interdisant la délivrance de toute nouvelle licence à des taxis ne pouvant pas rouler au moins 30 miles (48 km) sans produire d’émissions polluantes. Le nouveau modèle de TX (appelé e-City), a donc été créé spécifiquement pour répondre à ces évolutions règlementaires.

Mais comme les anglais ne font jamais tout comme les autres, ce modèle a sa petite originalité. Plutôt que de miser sur un véhicule 100 % électrique, ses concepteurs ont opté pour une formule intermédiaire, une hybridation d’un genre particulier. La batterie, qui alimente le moteur électrique, permet de parcourir environ 120 km. Mais comme cela aurait pu décourager certains acheteurs, le constructeur y a adjoint un « prolongateur d’autonomie ». Il s’agit d’un moteur essence qui agit comme une sorte de groupe électrogène et permet de dépasser les 600 km d’autonomie. Cette configuration vise à desserrer les contraintes de recharge et à baisser la consommation. Mais, revers de la médaille, le taxi anglais dépasse les deux tonnes, ce qui en fait un véhicule pas si économe. Et que dire de son coût, “massif” lui aussi, puisqu’il avoisine les 55 000£ (60 000€). Deux raisons qui ont en partie poussé les autorités à redoubler d’inventivité pour engager une transition massive vers ces nouveaux véhicules. 

Des mesures d’accompagnement d’ampleur pour une transition rapide

Faire évoluer 25 000 taxis du jour au lendemain, c’est un défi de taille. La Mairie de Londres a donc décidé d’accompagner les professionnels de la conduite, pour les aider à franchir le pas.

Le “taxi delicensing” permet de toucher jusqu’à 10 000£ pour se séparer de son vieux modèle. Le “Zero Emission Capable” (ZEC) permet une aide pouvant atteindre 7 500£ pour acheter un modèle électrique. Coté véhicule, Transport For London a autorisé la licence au TX e-City. Son dispositif “hybride” a de quoi rassurer les conducteurs, qui ont encore peur de tomber en panne de courant. Mais elle a également autorisé les Nissan Dynamo (une évolution du célèbre NV200) à exercer dans les rues de la capitale. Des véhicules 100% électriques, un peu moins chers (48 000£), et disposant d’une plus grande autonomie que le TX. L’objectif (politique) de 9 000 taxis électriques dans les rues en 2020 n’a clairement pas été atteint (on parle plutôt de 2 000 véhicules) mais progressivement l’idée fait son chemin. Les conducteurs que nous avons interrogés ne sont pas tous des écologistes de la première heure mais partageaient un certain pragmatisme : ils savent d’une part que dans un avenir proche, les taxis diesel ne pourront tout simplement plus rouler à Londres, donc autant anticiper. Ils observent d’autre part que la conduite d’un véhicule électrique est beaucoup plus confortable, ce qui n’est pas anodin lorsque l’on parcourt plus de 100 km chaque jour. 

Un déploiement massif d’infrastructures de recharge 

Transport for London, au-delà des différentes incitations financières, a conscience qu’il est primordial de déployer de très nombreuses bornes de recharge pour permettre à termes aux 25 000 futurs taxis électriques de se recharger, facilement, rapidement et à un coût acceptable. Voilà pourquoi parmi les plus de 5 000 points de recharge présents à Londres (ce qui représente 8 000 connecteurs pour charger son véhicule), l’autorité organisatrice de transports a annoncé le déploiement de 150 bornes de recharge rapide (qui permettent une charge complète en moins de 30 minutes) avant la fin 2018 et près de 300 avant fin 2020, dont une partie uniquement réservée aux taxis.

Ces bornes sont opérées par ChargeMaster et ESB, et leur fonctionnement est simple : il suffit d’utiliser sa carte bleue (le sans contact fonctionne très bien) et de régler le montant nécessaire en “pay-as-you-go”, soit environ 25 à 30p par KWh. Plusieurs chauffeurs m’ont confirmé que petit à petit, ils s’organisaient pour réaliser une seule recharge rapide chaque jour et qu’ils en profitaient pour déjeuner, faire une sieste ou encore lire un bouquin !

La plupart m’ont d’ailleurs indiqué que cette recharge rapide était relativement économique, de l’ordre de 5£ environ pour un cycle complet, alors qu’auparavant, ils dépensaient plutôt 20£ chaque jour de carburant. 

Il semble également que l’accès aux bornes soit plutôt facile, parce qu’au-delà de celles qui sont réservées aux taxis, c’est un vaste réseau qui se tisse petit à petit à Londres, mais aussi dans tout le pays. Un réseau qui propose différents types de recharge (rapid, fast, slow, hydrogen). Un réseau dont la distribution est partagée entre un très grand nombre de sociétés (plus de 50, dont certaines sont des pure players). Un réseau qui profite de différents lieux pour assurer la distribution : aéroports, concessions automobiles, P+R… (plus de 20 différents sont référencés, et une société propose même d’utiliser les lampadaires pour se connecter avec son propre câble et recharger son véhicule). Pour visualiser simplement cette infrastructure, tous les conducteurs m’ont parlé d’une application, assez bluffante, appelée ZapMap. Ils l’utilisent pour savoir quel type de borne est disponible (rapide, gratuite…), connaître en temps réel leur disponibilité ou encore savoir comment y accéder. 

Au delà de l’arrivée du tout nouveau TX e-city, ou du moins connu Nissan Dynamo, c’est donc tout un écosystème qu’il convient de faire évoluer pour que le taxi puisse passer au vert. Finalement, c’est peut être une bonne nouvelle que l’évolution du nombre de taxis électriques en circulation soit plutôt lente, car cela donne la possibilité au réseau de bornes de se développer à son rythme. La quinzaine d’opérateurs majeurs déjà présents sur le marché et la miriade d’autres qui se bousculent déjà aux portes de la capitale y voient surement un secteur ou il fait bon investir !!! 

 

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