Politiques cyclables : à quand le grand soir ?

Il y a quelques mois, un coup de projecteurs a été mis sur le vélo lors des conclusions des Assises de la mobilité, grâce à la plus grande contribution citoyenne jamais enregistrée. Difficile de jauger le niveau d’influence que cela a pu avoir, mais peu de temps après, c’est au tour du Conseil d’Orientation des Infrastructures d’enfoncer le clou, en faisant de la petite reine une incontournable des mobilités. Au même moment, loins de toutes ces considérations politiques, les français découvraient le vélo sans station, déployé massivement sur le territoire ! Face à cette « déferlante vélo », il y a de quoi s’interroger : est-ce un simple frémissement ? ou bien la France se convertirait elle enfin au vélo ?

Les collectivités sont pour la plupart convaincues depuis longtemps par les bienfaits du vélo. « Ça ne se voit pas » répondront certains. Mais si le processus est si long, c’est qu’il faut convaincre les derniers élus récalcitrants, et surtout, trouver des budgets. Maintenant que le vélo semble avoir le vent en poupe, tout pourrait s’accélérer, pour le plus grand bonheur des techniciens, qui avaient rédigé leurs « plans vélo » il y a déjà bien longtemps. Va-t-on enfin voir fleurir les nombreuses pistes cyclables tant attendues dans les villes ?

Les citoyens, quant à eux, n’acceptent plus que les décisions soient prises sans eux. Et progressivement, leurs voix portent. A Bordeaux par exemple, ce sont eux qui demandent à ce que le Pont de Pierre soit définitivement fermé à la circulation voiture… résultat, la Métropole hésite ! Eux toujours, qui utilisent les vélos en free floating déployés dans plusieurs villes. Et peu importe si ces vélos cannibales ne sont pas pas toujours bienvenus du coté des pouvoirs publics, le citoyen lui a fait son choix.

Alors même l’Etat, un peu tardivement certes, semble prendre la mesure du défi. S’il suit les recommandations du rapport du COI, il pourrait selon les scénarios, flécher entre 350 à 400 millions d’euros pour la mobilité piétonne et vélo entre 2018 et 2022 (l’effort financier étant ensuite moindre les années d’après). Un signe très encourageant, surtout pour les collectivités, qui supportent seules l’effort financier depuis plusieurs années.

Néanmoins, même si ces annonces sont encourageantes, elles ne font pas une stratégie vélo nationale. De nombreuses questions restent en suspens. Si un scénario volontaire du COI était retenu (ce dont personne n’est encore sur), comment sera fléché le budget ? sur quelle(s) thématique(s) ? selon quelles modalités ? La gouvernance actuelle à propos du vélo est floue. Est-ce volontaire ? La future loi d’orientation pourrait elle clarifier cette situation ? Surtout, va-t-on traiter efficacement les lacunes observées depuis bien longtemps au quotidien : une intermodalité vélo-train peu convaincante, pas de politique de stationnement adaptée aux cycles, une stratégie balbutiante à propos des vélos en free floating, un manque de second souffle pour les offres de VLS, des balbutiements concernant l’IKV et surtout, un déploiement de pistes cyclables lent et décousu…

C’est finalement ce que demandent en coeur les associations telles que la FUB et Territoires et Villes Cyclables : une stratégie claire, une gouvernance efficace et des moyens enfin déployés. Elles ne manqueront pas de le redire lors de leur rencontres nationales, organisées en ce mois de Mars 2018.

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