2020 : le bon moment pour pédaler pendant les vacances ?

La crise sanitaire que nous connaissons actuellement aura surement un impact important sur notre rapport au tourisme. D’un côté, il y a évidemment de nombreux paramètres que nous ne maîtrisons absolument pas. De l’autre, nous pouvons sans risque avancer deux certitudes : la distanciation physique va devenir une règle et le tourisme sera limité géographiquement. Tout cela va demander au secteur mais aussi aux touristes eux-mêmes d’être de plus en plus résilients. Et il y a un objet qui pourrait largement prendre sa place dans cette dynamique, c’est le vélo. Rassurez vous, plutôt que de vous expliquer que le cyclotourisme va exploser de xx % cet été, je préfère aborder le potentiel de la France pour mettre en selle de nombreux citoyens et leur permettre de découvrir des territoires… parfois leur territoire. 

Le vélo, un mode résilient 

Les arguments qui prouvent que le vélo est un vecteur de développement incroyable pour les territoires, qui plus est pour le tourisme, sont nombreux, désormais bien connus et ont été largement partagés. Si bien que le duo vélo+tourisme est aujourd’hui mis en avant par de nombreuses régions en France dans une logique de marketing territorial. La dynamique est donc bien là. La crise sanitaire pourrait l’accélérer, parce qu’en période de post-confinement, la liste des arguments pour promouvoir la pratique du tourisme à vélo va s’allonger. Ce bon vieux biclou est en effet un mode particulièrement résilient, qui permet : 

  • la distanciation physique, 
  • d’effectuer des déplacements de courte, moyenne et longue distance,
  • de s’adapter parfaitement à tous les territoires, urbains et ruraux,
  • d’évoluer dans tous types de situations et tous types de terrains, 
  • d’être indépendant des fluctuations des prix des carburants.  

La crise pourrait donc accélérer la démocratisation du tourisme à vélo et ainsi venir soutenir plusieurs dynamiques favorables déjà observées ces dernières années.

D’une part, l’envolée du nombre de ventes de vélos à assistance électrique: passées de 102.000 unités en 2015 à 388.000 en 2019, avec une prévision d’un million pour 2025. Une envolée bénéfique au tourisme, puisque de par la facilité qu’il apporte, le vélo à assistance électrique permet d’élargir considérablement le spectre des potentiels cyclotouristes. Cela se vérifie d’ailleurs dans la dernière étude menée par l’ADEME : “l’usage du VAE n’a cessé d’augmenter au fil des enquêtes. A titre d’exemple, il n’était que de 7% sur la Loire à Vélo en 2015, il est de 20% en 2019 sur la Passa Païs et de 18% en Bretagne en 2018”.

D’autre part, une diversification très importante des types de vélos disponibles sur le marché avec plusieurs phénomènes marquants : l’envolée du “Gravel”,  le vélo à l’aise dans toutes les situations, et donc résilient par excellence ; l’effet bike-paking observé un peu partout ; l’électrification des VTT qui décuple le potentiel du “vélo liberté” peu importe le terrain et son profil ; ou encore le phénomène “Fatbike” pour arpenter plages et chemins sableux. Enfin, faut il souligner le développement incroyable d’accessoires toujours plus pointus permettant au vélo de devenir un nouvel objet technologique et de séduire toujours plus. 

Un territoire favorable à la pratique 

Mais au-delà de l’objet vélo en tant que tel, la France a la chance de bénéficier d’un terrain fertile pour faciliter le cyclotourisme pour un large public, de la famille découvrant la pratique au cyclotouriste chevronné. D’abord, un réseau continu d’itinéraires cyclables longue distance. Avec d’un coté, des voies vertes et de l’autre, les véloroutes, ces grands itinéraires à vocation touristique. Il existe d’ailleurs 15 itinéraires EuroVelo en Europe, dont 9 traversent la France. Et ce réseau d’itinéraires de longue distance se densifie chaque année. Le pays dispose donc déjà d’un bon réseau pour se lancer dans l’itinérance à vélo sur plusieurs jours, avec des parcours reliant les départements et régions entre eux. 

Ce réseau complète les aménagements réalisés par les collectivités locales, qui sont de plus en plus nombreux. Là encore, cela n’est pas anodin, car ces aménagements permettent également la pratique d’un tourisme plus urbain, pour profiter du dynamisme des grandes métropoles. Et la pratique n’est pas à sous estimer, puisque selon la dernière étude de l’Ademe, “le tourisme urbain est un motif bien présent. Le vélo pouvant être un mode de déplacement en ville comme un moyen de découverte”.  

Et au delà des réseaux cyclables, bon nombre d’organismes font la promotion du tourisme à vélo. Ils proposent des ressources d’autant plus précieuses pour les débutants qui souhaitent préparer leur itinéraire qu’elles leur permettront aussi de découvrir des territoires labellisés (“bonnes adresses” par la FFC ou encore “accueil vélo” par FVT). 

Des leviers à activer pour en profiter pleinement 

L’année 2020 sera évidemment très particulière pour le secteur du tourisme. Il y aura d’abord un risque majeur à éviter : celui d’un retour massif de la voiture individuelle. Il est clair qu’étant données les pertes déjà enregistrées par le secteur, certains acteurs vont parier sur le retour des touristes en voiture, et par conséquent leur faciliter la tache. On imagine déjà certains territoires relancer la gratuité des parkings ou communiquer sur “l’accès facile en voiture depuis telle ou telle sortie d’autoroute”.

Pour éviter cela, tentons de motiver les professionnels du tourisme avec quelques chiffres issues de l’étude de l’ADEME, sortie au mois de Mai 2020 : le tourisme à vélo génère des retombées évaluées à 4,6 Mds€ ; 40% des Français de 15 ans et plus soit près de 22 millions de personnes ont pratiqué le vélo pendant leurs séjours ; on estime à 10 millions le nombre de séjours avec activité vélo ; le niveau de dépense moyen par jour des touristes à vélo de 68 € par jour, plus élevé qu’un touriste non cycliste et enfin, sur les véloroutes par exemple, les 45-65 ans sont plus représentés que les autres et il s’agit d’une catégorie à plus fort pouvoir d’achat.

Rappelons également que le vélo permet de redécouvrir la proximité. Toujours selon l’Ademe, “le motif principal d’utilisation du vélo est de loin la balade pour les loisirs (74%) pour les réguliers comme pour les occasionnels. Par ailleurs, “même si une partie des touristes à vélo vient de loin, notamment en itinérance, 50% des touristes à vélo ont leur résidence principale à moins de 200 km du point d’enquête”. 

Les chiffres sont une chose, mais il s’agit surtout de s’organiser pour accompagner ce qui pourrait être un mouvement de fond. Et il y a quelques ingrédients indispensables à ne surtout pas oublier. 

Avant tout, mieux penser le stationnement de tous ces vélos qui pourraient débouler dans nos villes et nos campagnes. Adapter ce stationnement en volume mais aussi en qualité. Il devient de plus en plus indispensable de déployer des solutions de parkings sécurisées et robustes mais en même temps évolutives et déplaçables. Plusieurs entreprises européennes occupent ce créneaux sans nul doute porteur, à l’image d’Altinnova en France, CycleHoop en Angleterre, ou encore Falco en Espagne. Des solutions déjà installée dans plusieurs villes européennes. 

Il est aussi particulièrement stratégique de profiter de la très probable “place disponible” dans les TER pour promouvoir la pratique du train+vélo. En effet, on peut penser que les trains seront moins utilisés qu’à l’habitude cet été. Profitons en, et allons jusqu’à suivre l’exemple des régions Centre-Val de Loire et Pays de la Loire qui se sont associées à la SNCF et au constructeur Bombardier pour donner naissance à un train à capacité modulable. Ce dernier peut aller de 9 emplacements vélos en basse saison à 83 en période estivale. L’occasion d’accepter plus de vélos à bord est une aubaine pour les cyclotouristes, qui seront encore moins limités dans les distances qu’ils pourraient envisager de parcourir.

Enfin, cette situation nouvelle obligera les acteurs du tourisme à s’adapter. Aux conditions sanitaires tout d’abord : cela concerne aussi bien les hébergeurs que les loueurs de vélos. A une demande d’informations accrue également. Il s’agira notamment de muscler les équipes dans les offices de tourisme, qui restent les premiers instruments d’information touristique de proximité. Il s’agira aussi de promouvoir l’utilisation d’outils numériques : en France, on peut notamment compter sur l’application Géovélo, qui permet de créer et stocker ses itinéraires cyclotouristiques dans son smartphone très simplement. Enfin, il s’agit aussi pour les fournisseurs de matériel (vélo, accessoires…) de se tenir prêts à accueillir de très nombreux nouveaux clients qui pourraient se laisser tenter par une soudaine envie de pédaler ! 

Tous les acteurs de la cyclosphère le confirment : “dès qu’une opportunité pour promouvoir le vélo se présente, de manière très opportuniste, il s’agit de foncer”. Il est vrai que même dans le domaine du tourisme, le développement lié à la petite reine est encore plutôt lent. Alors c’est peut être tout simplement le bon moment pour démontrer à quel point le vélo peut être le meilleur allié de notre liberté et de la découverte de nos territoires. Très souvent, dans le domaine de la mobilité, au delà de tous les argumentaires, le déclencheur du changement de comportement est tout simplement la pratique. S’ensuit alors un défi considérable : la pérennisation. Il n’y a donc plus qu’à espérer que les professionnels du tourisme et du cycle sauront s’adapter rapidement pour séduire un nouveau public. 

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