Politique vélo en Espagne : Valencia a des leçons à donner !

A part dans les pays du nord de l’Europe, il est compliqué de savoir s’il existe véritablement une culture vélo à l’échelle nationale. Parce que ce sont bien souvent les municipalités qui ont la main sur la politique de mobilité, et donc sur le développement de la bicyclette ! Après avoir parcouru une partie de l’Espagne, je peux vous confirmer que ce constat se vérifie de manière assez incroyable chez nos voisins ibériques. Prenons deux cas d’école : Madrid, capitale du pays, 3 millions d’habitants et 43 km de pistes cyclables. Le 3 Novembre 2019, le quotidien El Pais titrait “Madrid, la excepción europea contra la bici” (l’exception européenne contre le vélo). A l’opposé, Valencia, troisième ville du pays, compte 150 km de pistes pour 800.000 habitants et des journaux locaux qui titrent “el anillo ciclista, la infraestructura valenciana más premiada” (l’anneau cyclable de Valence, l’infrastructure la plus primée du pays”). Vous l’aurez compris, j’ai par conséquent préféré aller jeter un coup d’oeil à Valencia plutôt qu’à Madrid. Voici ce ce que j’y ai vu.


A la base, pas mal d’ingrédients sont réunis pour pousser à la pratique du vélo dans cette belle ville espagnole. Déjà, un cadre plutôt sympa : la ville est traversée par un parc public de plus de 100 hectares. Ce parc a désormais plus de 40 ans, mais auparavant il s’agissait d’un fleuve, qui avait la fâcheuse tendance de déborder (il y eut une grande inondation en 1957) et qui a donc été détourné !

Au delà de ce cadre verdoyant, il y a aussi bien sur le climat : soleil et températures modérées sont le quotidien des habitants de Valence. Et pour couronner le tout, la ville est plutôt plane…

Mais finalement, tous ces arguments pourraient être balayés d’un revers de la main, car créer une culture vélo dans une ville, ça ne dépend pas du relief ou du climat… mais plutôt d’un mélange subtil de très nombreux ingrédients. 
Une politique cyclable pas si commune…

La municipalité l’a bien compris et cela fait plusieurs années qu’elle développe une politique vélo ambitieuse. A noter que les changements politiques depuis les deux dernières élections municipales ont clairement fluidifié les choses (une coalition baptisée “Compromis” comprenant un bloc d’écologistes). La politique menée par Valencia peut paraître classique au premier regard : un plan d’investissement sur les infrastructures, des actions autour de la promotion du vélo au quotidien, le déploiement d’un système de VLS… Mais à y regarder de plus près, on remarque quelques particularités. La première : afin de porter un message rassembleur sur la question du vélo, quand bien même les projets sont menés par plusieurs directions, la Mairie a créée une Agence publique du vélo “Agencia de la Bicicleta”, dirigée par une fine connaisseuse du secteur, Belén Calahorro, avec qui j’ai eu l’occasion de m’entretenir. C’est elle qui m’a parlé de la seconde particularité intéressante dans la politique menée par la ville : la majorité des actions menées dans le cadre de la politique vélo proviennent de propositions d’associations et du budget participatif mis en place par la municipalité.

Une politique publique co-construite afin de mieux répondre aux besoins des habitants. 
Des infrastructures remarquables

Mais sur le terrain, cela est-il palpable ? Le réseau de pistes cyclables est plutôt dense au centre de la ville. Lorsque l’on jette un coup d’oeil sur le schéma d’aménagement de la municipalité, on remarque que la ville est bien maillée. Sur le terrain, les situations sont encore assez hétérogènes selon les quartiers et selon les axes car les aménagements ont été réalisés à des époques très différentes (certains sont encore sur le trottoir, alors que d’autres sont totalement séparés, dotés de feux, ou encore de signalétique). Mais la municipalité tente de rendre progressivement le réseau homogène, de réduire les discontinuités et de mieux penser les futurs aménagements.

Dans la pratique, plusieurs éléments ont retenu mon attention. D’un coté, les “ciclocalle”, réalisées dans différents quartiers du centre : une logique de pacification de l’espace public qui me semble très bien fonctionner.

De l’autre, le projet désormais très connu partout en Espagne que la municipalité a nommé “el anillo”…

El Anillo est une sorte de rocade vélo autour du centre historique, qui a été inaugurée en 2017. C’est clairement là que j’ai croisé le plus de vélos ! Son centre névralgique ?la gare “Estacion del Norte”, ou plus de 3 500 vélos passent chaque jour.

Ces deux types d’aménagements bien particuliers, couplés aux autres voiries dédiées au vélo font de Valence une ville agréable à parcourir sur deux roues.

Un “système pour les mobilités douces” en cours de construction…

Mais Valencia n’est pas (encore) le paradis du cycliste. Il reste encore du chemin à faire, notamment du côté du stationnement. La municipalité m’a indiqué que cela faisait partie des priorités, notamment avec la création de parkings sécurisés. Coté digital, ça n’est pas non plus le grand soir : il existe une application EMT, mais elle est peu fonctionnelle, et souvent buguée (j’ai remarqué plusieurs erreurs entre vélos disponibles et places disponibles par exemple). Il existe également une application pour les VLS (Valencia Bici), mais elle n’est pas exemple pas disponible sur iPhone.

Coté services, Valencia possède quelques particularités. Par exemple, deux systèmes de VLS cohabitent : l’un, municipal est exploité par JCDecaux et l’autre, métropolitain (déployé dans des villes autour de Valence) est exploité par un opérateur local. Mais il y a ici une petite subtilité : comme il est impossible de déposer un vélo métropolitain dans le centre ville, il existe des lieux dotés de deux types de stations, permettant de passer d’un système à l’autre. Une intermodalité vélo+vélo !!!

Autre particularité, les non résidents peuvent utiliser les VLS, mais doivent prendre au minimum un abonnement de 7 jours (12,20€). Selon la municipalité, ce choix a été fait afin de ne pas “tuer le marché des loueurs”. Il n’y a qu’à parcourir la ville pour voir qu’effectivement, les offres de location privées de vélo sont très nombreuses. 

Coté free floating, j’avoue ne pas avoir totalement saisi où en était réellement la ville vis à vis des entreprises présentes sur le marché. J’ai cru comprendre que la municipalité travaillait sur un document pour réguler le marché et les usages… Sur le terrain, j’ai aperçu de nombreux scooters électriques sans station. J’ai aussi vu de très nombreuses trottinettes, mais pour avoir posé la question à leurs utilisateurs, la majorité avaient acheté leur bolide. J’ai effectivement remarqué que les trottinettes faisaient partie des best seller chez Corte Ingles (les Galeries Lafayette espagnoles).


Au final, Valencia semble avoir sélectionné des ingrédients très intéressants pour concocter une politique cyclable prometteuse. Les premiers résultats sont là, puisque le succès rencontré par le premier “anillo” créé par la municipalité est tellement important qu’un second projet serait à l’étude. Les dernières élections municipales ont maintenu l’équipe en place, il n’y a donc pas de raison que la politique menée jusqu’à présent s’étiole. Désormais, la compétition est lancée avec Barcelone et Séville… Madrid de son coté, préfère investir sur la voiture !

 

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